Et voilà, nous y sommes : c’est Noël. Pourquoi fête-t-on Noël ? Pourquoi le 25 décembre, et pas à une autre date ? Et puis « noël », qu’est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi la bûche ? Et pourquoi le Père Noël ? Et puis pourquoi le sapin et les bougies ? Quel rapport avec le petit Jésus dans sa crèche ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur cette étrange, mais très populaire, fête sans jamais avoir osé le demander se trouve dans cet article …

NOËL, ÇA VEUT DIRE QUOI ?

Le mot « noël » est une déformation phonétique du mot latin natalis, qui veut dire «naissance». Cette fête s’inscrit dans le calendrier liturgique chrétien et commémore la naissance de Jésus Christ, dans la nuit du 24 au 25 décembre de l’an zéro ! C’est le point d’ancrage de notre calendrier. Alors, évidemment, c’est pas aussi précis que ça : les historiens ne sont pas d’accord entre eux, et Jésus serait né entre -7 et 4 de notre ère. Et les chrétiens eux-mêmes ne sont pas non plus d’accord, puisque les orthodoxes font coïncider la naissance de Jésus avec l’Épiphanie, le 7 janvier, selon le calendrier julien. Les catholiques, eux, depuis le Chronographe du Pape Libère en 354, fixent donc la naissance de Jésus Christ dans la nuit du 24 au 25 décembre.  Et la crèche alors, avec ses petits santons, son âne, son bœuf, ses bergers et ses moutons ? Eh bien, toujours selon le texte biblique ( le Nouveau testament, l’Évangile de Luc exactement ), un édit de l’empereur César Auguste, relayé par Hérode dans cette contrée lointaine du Moyen Orient, commandait aux populations de se faire recenser dans leurs villes et villages d’origine. Ainsi, Joseph et Marie ( enceinte jusqu’aux yeux ), prirent la route de Nazareth, en Galilée, pour rejoindre Bethléem en Judée. Marie et Joseph trouvèrent refuge dans  une « crèche », sorte d’étable pour les animaux ; toutes les hôtelleries du coin affichaient complet… Se trouvaient là un bœuf ; l’âne, qui portait Marie pendant le voyage, prit place à ses côtés.  En pleine nuit elle sentit les douleurs de l’enfantement, et mit au monde un beau petit garçon, Jésus, sous le regard ébahi des bergers qui s’étaient eux aussi réfugiés là pour la nuit.

SAPIN, BÛCHE ET PÈRE NOËL

Si Noël est une fête religieuse avant tout, des motifs païens, mais très symboliques,  y sont associés depuis longtemps. Le sapin par exemple. Il n’est pas si profane que ça en fait ! J’explique : au Moyen Âge, sur les parvis des églises, on jouait des mystères, sortes de pièces de théâtre qui racontaient les épisodes religieux les plus importants à une population encore très largement illettrée et inculte. Eh bien, en Alsace, le sapin figurait l‘arbre de vie du Jardin d’Éden dans les représentations de la Genèse. Cette pratique vient peut-être d’ailleurs d’une tradition encore plus ancienne : les Celtes décoraient déjà un arbre, symbole de vie, au solstice d’hiver.

Quant à la bûche, avant d’être un dessert très prisé, glacé ou pâtissier, c’était une vraie bûche de bois, que le chef de famille plaçait, arrosée de vin, de miel ou de sel selon les régions, dans la cheminée. Elle devait se consumer le plus lentement et le plus longtemps possible. Trois jours minimum. Symbole de chaleur, de vie et de renouveau. Elle symbolise la bascule de l’année qui se termine vers l’année nouvelle. Un dicton provençal l’atteste : « Cache le feu ancien ; allume le feu nouveau. »

Mais la star de Noël, le personnage phare de cette fête devenue, hélas, très commerciale, c’est le Père Noël bien sûr ! C’est la création la plus récente de tout ce folklore qui gravite autour de l’ événement. Il apparaît pour la première fois en 1843 dans un récit de Charles Dickens, A Christmas Carol (Un chant de Noël).  En France, c’est George Sand qui en parle la première en 1855. A l’origine, la couleur qui le caractérise est le vert, car on le confond encore avec la figure de Saint Nicolas. C’est d’ailleurs pour ça que les Anglo-saxons ont baptisé le Père Noël « Nicolas ». C’est la marque Coca-Cola qui popularise le personnage  dans les années 1930 en l’associant au bonheur généré par sa boisson gazeuse …

LES CULTES DE LA (RE)NAISSANCE

Mais j’entends déjà les experts, les blasés, les athées  : « Oui, mais les chrétiens n’ont rien inventé ! Noël n’est pas une fête religieuse à l’origine ! Le petit Jésus, la crèche, le sapin, la bûche et le Père Noël, c’est des histoires pour les enfants, moi j’y crois plus. Noël, c’est devenu une fête commerciale ! » Alors, pour vous réconcilier, chers lecteurs experts, blasés ou athées, avec la magie de Noël ( la vraie…), je vous propose un court voyage dans le temps. A l’aube de l’humanité. Pas quand l’hiver s’installe et enveloppe le monde de son manteau de pénombre que  l’homme cherche la chaleur et la lumière. C’est dans la nuit profonde de l’hiver qu’il sent et célèbre le retour progressif de cette lumière : le solstice d’hiver, qui correspond approximativement au 25 décembre, marque le jour le plus court de l’année, la nuit la plus longue. A partir de ce point de bascule, les journées vont commencer à s’allonger progressivement. Et c’est la promesse d’un printemps à venir. Le solstice d’hiver, comme le solstice d’été le 24 juin, sont les deux portes du temps. Les Romains avaient personnifié les deux solstices dans la figure du dieu à deux visages Janus : un regard tourné vers le passé, un autre tourné vers le futur. Les solstices sont fêtés depuis que l’homme est homme, c’est-à-dire sensible au rythme immuable et éternel des saisons et à la course des astres. La naissance, ou renaissance, est bien celle d’un enfant : le monde qui revient progressivement à la vie, à la lumière. Facile ensuite d’y superposer des événements plus ou moins sacrés et festifs : naissance de Mithra, héros d’un culte pratiqué en Asie Mineure, bien avant la naissance du monothéisme ; Saturnales romaines, naissance du Christ … Noël, c’est en fait la natalis solis invicti : la naissance du soleil invaincu… Et ça, c’est magique !

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