Les dernières affaires politiques de détournement d’argent public, et le spectacle politico-médiatique, auquel j’assiste depuis quelques années maintenant, n’ont fait que me renforcer dans l’idée suivante : La politique ne peut pas s’appuyer sur un système de compétition. Dans notre monde moderne, il faut consacrer énormément de temps pour espérer remporter des élections d’envergure. Or pendant ce temps-là on ne s’occupe pas des affaires du peuple.

Le pouvoir politique

La politique, ou l’exercice du pouvoir d’Etat selon la définition du Larousse, ne peut plus être compatible aujourd’hui avec un système basé sur la compétition. L’exercice du pouvoir d’Etat aujourd’hui, donne justement le pouvoir à quelques individus de décider pour tous les autres. Ils sont alors bien content de pouvoir distribuer les budgets comme ils l’entendent ; selon les pressions de grands groupes financiers, ou en détournant l’argent pour leurs intérêts personnels, et ceci de façon légale en décidant eux mêmes de leur salaires et de tous les avantages qui vont avec, ou de façon illégale en détournant l’argent public (affaire CahuzacPénélope Gate). Et la possibilité de pouvoir bénéficier de ces avantages considérables attire forcement de nombreux prétendants prêts à marcher sur tous les autres pour devenir député, sénateur ou ministre.

La compétition

C’est pour cette raison que selon moi, un système politique basé sur la compétition ne peut selon moi qu’apporter des luttes de pouvoir entre tous les intéressés. Et aujourd’hui, il est facile de constater qu’un homme politique va faire de nombreux efforts pour tenter de remporter les prochaines élections. Il va à la rencontre des gens pour se faire connaitre. Il développe des stratégies de communication coûteuses pour simplement être visible ; distribution de prospectus, présence sur les réseaux sociaux, présence sur les plateaux télés, à la radio, meetings – d’ailleurs je me demande à quoi servent les meetings aujourd’hui, vu que la plupart du public sont des militants convertis. Pourquoi dépenser autant d’argent pour convaincre, les convaincus ?

Les politiques vont aussi passer une bonne partie de leur temps à récupérer des soutiens comme les entreprises, les lobbys, ou leurs homologues politiques. Ces soutiens rarement gratuits sont souvent le gage de récupérer de nombreuses voies. Et les vainqueurs des élections sont souvent ceux qui sont les plus habiles à développer ces stratégies. Les plus habiles constituent même lors des campagnes importantes des équipes chargées d’enquêter sur les failles des adversaires. D’autres sont chargés de nettoyer un passé sulfureux ou de polir l’image du candidat. Or pendant ce temps là il n’y a plus beaucoup de politiques pour s’occuper des affaires du peuple.

L’intérêt général

L’intérêt général se définit selon Wikipédia comme une finalité d’ordre supérieur aux intérêts individuels. Or il apparaît clairement que cette lutte de pouvoir ne peut pas servir l’intérêt général puisque chaque candidat ne va chercher qu’à servir son intérêt personnel. La politique moderne ne sert donc plus l’intérêt général du peuple, mais bien les puissants argentiers. Cette pour raison (entre autre) que selon moi, les partis politiques n’ont plus lieu d’être. La fin des partis politiques ? Oui ! La question de l’enfant d’une amie, âgé de 10 ans, me rappelle cette évidence :

Le père d’une copine préfère voter pour la droite parce qu’il dit que c’est mieux pour les patrons comme lui. Il préfère donc voter juste pour lui et son boulot plutôt que pour tous les gens. Je trouve que c’est quand même mieux de voter pour quelqu’un qui pense à tout le monde, c’est mieux non ?

Je pense donc que les partis politiques desservent l’intérêt général. Ceci d’autant plus qu’ils sont en compétition permanente. L’intérêt général veille à ce que personne ne soit défavorisé. Un collectif de personnes n’est-il pas capable de penser et de décider ce qui est bien pour le peuple ? Des décisions qui puissent satisfaire les patrons et les ouvriers, ne peuvent-elles pas être prises de façon consensuelle par ce groupe de personnes ? Et ne serait-ce pas aux personnes directement concernées de choisir ce qui le mieux pour le bien commun ? Il existe aujourd’hui de nombreux exemples de ce type ne serait-ce que dans le film « Demain » .

Comme le rappelle l’excellente émission d’Arte « Le Bonheur au Travail » , la plupart des patrons ou des ministres ne servent à rien et sont même néfastes au travail collectif la plupart du temps. Il est donc temps que les partis politiques disparaissent au profit de techniciens ou groupes d’experts prenant des décisions consensuelles, ou en redonnant au peuple de voter plus régulièrement (en ligne) sur les choix d’un pays ou de choses qui les concerne directement. Il y a, je pense, des solutions autrement meilleures que le système des partis politiques pour gouverner un pays, une région, ou une ville.

Pourquoi le système se perpétue ?

Les médias, comme j’en avais déjà parlé dans l’article « Des médias Alternatifs » , ne font la plupart du temps qu’écouter les discours des politiques, au lieu de comptabiliser point par point le bilan des actions menées. On dirait qu’ils sont complément hypnotisés par la langue de bois qu’on leur sert :

Langue de bois : Langue écologique qui ne pollue pas la pensée dans la mesure où elle n’en contient pas.

Jean-Michel Ribes

Une des autres raisons, et il est difficile de connaitre toutes les raisons, est que l’homme croit facilement ce qu’on peut lui raconter :

Dans cette création, il faut garder à l’esprit – à l’instar de M. Poutine – que les hommes ne recherchent pas naturellement la vérité. Comme le démontrent beaucoup de chercheurs, ils ont tendance à l’éviter. Les hommes acceptent instinctivement l’information à laquelle ils sont exposés et doivent faire un effort pour résister à croire aux mensonges ; ils ont tendance à penser que l’information familière est vraie ; et ils choisissent les données qui corroborent leurs points de vue. Pour le Nobel Daniel Kahneman, psychologue et auteur de ‘Thinking, Fast and Slow’, la racine de tous ces préjugés serait ce qu’il nomme la “facilité cognitive” : les humains ont tendance à s’éloigner des faits qui les obligeraient à trop faire travailler leur cerveau.

The Economist

De la vérité à la désinformation

Marjorie TRICOT nous rappelle qu’Etienne de la Boétie parlait déjà, il y a plus de 400 ans, de la servitude volontaire du peuple vis à vis des gouvernants :

C’est cela, que les hommes naissant sous le joug, et puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et ne pensent point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour leur naturel l’état de leur naissance.

Marjorie TRICOT

Le Mag@zoom

Quelles solutions ?

Existe-t-il des solutions alternatives à ce système que le peuple semble supporter de moins en moins ? Oui forcément, Etienne CHOUARD parle d’une démocratie par tirage au sort. Le réalisateur du film « Demain » estime que « Pour que la démocratie fonctionne, il faut que les gens s’en emparent » et montre à travers son son film de nombreux exemples de personnes qui ont repris les choses en main. Pierre RABHI nous parle de sa révolution intérieure, pour sortir de la servitude. Les islandais nous ont d’ailleurs montré la voie à suivre : http://wp.me/p7iE8z-mh

Bref il n’existe certainement pas de solutions toutes faites, mais la solution viendra certainement de l’ensemble des réflexions des personnes qui voudront rejeter ce système pour installer un système basé sur le véritable l’intérêt général. Et les solutions seront aussi forcément différentes selon les localités et les avancés de chacun. D’où l’importance de partager nos réussites !

Crédits photos : Assemblée Nationale